Mon année / Jiro Taniguchi, Jean-David Morvan (Dargaud)

Publié le par Julie

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Mon année / Jiro Taniguchi, Jean-David Morvan (Dargaud)
Capucine a huit ans, de grands yeux et un large sourire. Elle a un ami imaginaire, "Douroudoudou", et un petit chien qu’elle a nommé «garçon». Elle est très sensible et ressent les émotions de ses proches. Une petite fille ordinaire en somme. Pourtant, Capucine est atteinte de trisomie 21. Quatre saisons, soit quatre albums, sont prévus pour décrire son quotidien et celui de son entourage. Dans ce premier tome, Capucine est rejetée du système scolaire. La directrice d’école déclare à ses parents qu’elle doit être placée dans une institution spécialisée. Cet évènement bouleverse le fonctionnement de la famille et crée de fortes tensions au sein du couple.
Jean-David Morvan avait déjà prouvé son attachement au monde des enfants avec "Hyper l’hippo". On connaît la délicatesse du mangaka Jiro Taniguchi pour analyser les sujets graves. Cette rencontre surprenante entre le manga réaliste et la bande dessinée franco-belge avait de quoi créer l’attente fébrile des lecteurs. Le pari est réussi et donne lieu à un récit intimiste et pudique qui aborde avec douceur le problème du handicap. Si les dessins paraissent dans un premier temps mièvres, cette technique permet de nous immerger dans un univers doux et rassurant. Le coup de crayon est précis, efficace, sans fioritures. Du scénario comme du graphisme émanent l’humilité et l’envie de traiter avec réalisme ce thème méconnu. L’histoire est contée avec beaucoup de discrétion et le lecteur entre dans l’intimité profonde des personnages sans avoir la sensation d’être envahissant. C’est avec beaucoup de tendresse et de justesse que le quotidien de ces familles confrontées au handicap est décrit. L’album met en place les personnages, explique les difficultés des parents face au handicap de leur enfant et l’angoisse de l’enfant face à toutes ces inquiétudes qu’il ne comprend pas. Le désespoir, la détresse, les angoisses, l’incompréhension et la colère se font sentir mais le scénario ne tombe jamais dans le mélodrame. Tout est équilibré et finement dosé. On mesure le travail intense que les auteurs ont dû fournir pour comprendre ces familles et ces enfants exclus de notre société. Ils leurs rendent ici un hommage poignant. La justesse du ton et la pudeur avec laquelle ils abordent le sujet opèrent avec magie, offrant un album pur, touchant et poétique.
«Mon année» est peut-être la dernière année où Capucine pourra encore progresser. On attend donc avec impatience, espoir et appréhension les trois prochaines saisons pour suivre le destin de cette petite fille exceptionnelle.

Julie

Publié dans Coups de Coeur

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